Concours de Nouvelles

Le tableau

Un matin de septembre dernier, je me rendis à l’école. J’avais une sortie scolaire et j’avais hâte de retrouver mes amis. Une fois arrivés à destination, notre professeur nous laissa nous promener dans le musée. J’étais avec mes amis lorsque j’aperçus un majestueux tableau. Je le trouvai immédiatement magnifique.

Mais soudain, je ne savais pas ce que j’avais : ma tête se mit à tourner. Le tableau était en face de moi. Il représentait un vieil homme aux cheveux blancs. Ses yeux semblaient me fixer avec plus d’intensité au fur et à mesure que je m’approchais. Me détachant du groupe, j’étais comme hypnotisé par la toile.

L’inquiétude puis l’effroi s’emparèrent de moi parce que je reconnus l’homme du tableau. Il vivait autrefois près de la demeure de ma grand-mère. Mes frères et moi, nous ne cessions de l’importuner quand nous étions plus jeunes. Nous jetions régulièrement des cailloux sur sa fenêtre pour le faire enrager. Un jour, ma mère nous annonça qu’il était mort. Depuis nous l’avions oublié.

Paralysé, je fixais le tableau. Apparemment il ne m’avait pas oublié, lui. Le vieillard semblait près à sortir du cadre. Il s’approchait de moi avec un air menaçant.

La montre à gousset

Il y avait déjà quelques mois que ma grand-mère était décédée, me laissant à présent seul dans sa vieille demeure. Un jour, je découvris au fond d’un couloir sombre et hostile, une porte que je n’avais jamais vue. Je m’approchai pour tenter de l’ouvrir mais elle était fermée à clé. J’étais donc retourné à mes occupations quand j’entendis un grincement. J’allai explorer la maison pour savoir d’où pouvait venir ce bruit. Arrivé devant la mystérieuse porte je la vis s’ouvrir, laissant apparaître un homme de très grande taille.

Il était enroulé de la tête aux pieds dans de vieux bandeaux ne laissant pas même apparaître une infime partie de sa peau. Il tenait dans ses mains une montre à gousset qui résonnait étrangement fort. Ma tête se mit à tourner, j’étais épouvanté, mes jambes étaient clouées au sol. Les tic-tacs de la montre emplissaient la pièce. L’homme n’avait toujours pas bougé.

Une sueur froide coulait le long de mon front quand soudain je me réveillai dans ma chambre, essoufflé et terrorisé. « Ce n’était donc qu’un cauchemar ! », me dis-je, en reprenant mes esprits. Cependant, un léger bruit se fit entendre. Mon souffle se coupa instantanément. Délicatement posée sur ma table de chevet se trouvait l’effrayante montre à gousset.

Le gramophone

Il y a quelques mois, mon oncle m’offrit un gramophone. Il était un peu rouillé sur les bords mais fonctionnait à merveille. Il m’avait aussi offert des disques dont un que j’aimais particulièrement. C’était un solo de saxophone.

Chaque matin en me levant, j’écoutais ce disque mais quelques semaines après l’acquisition de l’objet, le rythme de mon morceau préféré semblait de plus en plus lent. Puis je me mis à entendre indistinctement des syllabes. J’essayai de voir si le problème venait du gramophone en passant d’autres disques mais cela n’aboutit à rien. C’était seulement mon cher solo de saxophone qui semblait subir de curieuses modifications.

Je me mis à écouter le morceau en boucle, avec obstination et je finis par entendre ce que la voix prononçait de manière un peu plus claire au fil des écoutes. C’était une date : le 24 octobre 2019. J’étais terrifié. Pourquoi cette date ? Qu’allait-il se passer ce 24 octobre ? Angoissé, j’avais d’étranges pressentiments, je devenais fou. Quelqu’un allait-il me tuer ?

Quand le jour fatidique arriva, je me préparais au pire mais il ne se passa rien, absolument rien. Tout paraissait si calme ! Le lendemain je décidai donc de rendre le gramophone à mon oncle pour laisser cette histoire derrière moi et tout revint à la normale.

Quelques semaines plus tard, j’appris par la télévision qu’une de mes amies d’enfance avait été retrouvée assassinée et enterrée. La nouvelle m’horrifia mais ce qui m’effraya plus encore fut la date à laquelle le présentateur annonça qu’elle avait disparu : c’était le 24 octobre 2019.

 

La lampe

Un jour que je me promenais dans ma ville, je découvris une sorte de brocante. Je m’approchai d’un étal et vis un magnifique objet qui me rappelait la lampe magique d’Aladin, mais bien évidemment elle n’était pas magique. Je décidai de l’acheter mais, au moment de payer, le propriétaire était vraiment content de s’en débarrasser, tellement content qu’il me l’offrit. Je trouvai cela étonnant mais bon je n’y prêtai pas plus d’attention. Je rentrai chez moi et je posai la lampe sur la commode qui se trouvait dans mon salon.

A la nuit tombée, je m’installai devant la télévision et soudain j’entendis quelque chose de bizarre, des hurlements. Je me demandai d’où cela pouvait venir. Je regardai donc par la fenêtre. Mais le bruit ne venait pas de l’extérieur. C’est alors que, sans savoir pourquoi, je me mis à penser à la lampe que j’avais achetée l’après-midi même. Je m’approchai du meuble où elle se trouvait. C’était de là que provenaient les hurlements ! Les cris s’arrêtèrent aussi brusquement qu’ils avaient commencé.

Le lendemain, je retournai à la brocante pour chercher l’ancien propriétaire de l’effroyable objet mais personne ne l’avait jamais vu. Rentré chez moi, je me débarrassai de la lampe.

Quelques nuits plus tard j’entendis de nouveau les hurlements. Mais d’où provenaient-ils ? D’où provenaient-ils ? Avais-je perdu la tête ?

 

Métamorphose

J’aperçois un cimetière. Une boule au ventre se propage dans mon estomac, une sueur froide coule le long de mon front. Je commence à trembler. La neige m’empêche d’ouvrir les yeux. Tout à coup, je tombe sur le sol gelé comme si quelque chose m’avait tiré au sol. Je me retourne et vois une souche d’arbre. Rassuré d’avoir juste trébuché, je me relève et continue à marcher. La neige crisse sous mes pas. L’idée d’avoir des dizaines de pierres tombales autour de moi m’angoisse.

Le froid devient de plus en plus désagréable. Je sens l’odeur humide des arbres morts. Je suis frigorifié, inquiet. J’aimerais crier à l’aide mais l’endroit est désert. Je marche encore et, un peu plus loin, j’aperçois une cathédrale en ruines. Heureux de pouvoir enfin m’abriter, je me mets à courir. Mes pieds s’enfoncent dans la neige glacée.

C’est alors qu’apparaît une forme. Cette forme je ne peux la décrire clairement. C’est horrifiant. Imaginez une petite fille, sans un seul cheveu sur la tête, le visage plus blanc que la neige, les yeux noirs. Elle est vêtue d’une vieille robe de chambre tachée de sang. Ses pieds sont nus et elle est d’une extrême maigreur. Je me frotte les yeux pour savoir si ce n’est pas ma vision qui me joue des tours. Je m’approche. La petite fille court et crie. Je suis épouvanté. J’entends la créature me dire en hurlant : « Tu ne devrais pas être ici ! ». Je suis affolé, je lui réponds en bégayant : « Qu’est-ce que cela veut dire ? 

-La seule chose que tu devrais faire, c’est filer ! », s’exclame-t-elle.

Soudain, je me réveille. Je suis dans mon lit. Je suis chamboulé par mon cauchemar qui semble si réel. Je me pose beaucoup de questions. Je suis certain que je ne suis pas fou. J’enfile mes chaussures, je prends mon manteau et je sors de chez moi, déterminé à retrouver l’épouvantable endroit que j’ai vu en cauchemar. Je suis sûr qu’il existe.

Étonnamment, j’en retrouve le chemin très facilement. J’arrive devant une allée enneigée, couverte d’arbres morts, comme dans mon cauchemar. Une sueur froide coule, cette fois-ci, le long de ma joue gauche. Je ressens la même panique que dans mon rêve. Je me retourne en sursautant. J’entends un bruit sourd. Je hurle : les arbres derrière moi ont changé ! Le haut de leur tronc ressemble à des visages. Leurs branches sont devenues des bras très maigres, squelettiques. En une fraction de seconde, je prends mes jambes à mon cou et parcours le chemin en sens inverse. Je manque de perdre connaissance. Suis-je vraiment devenu fou ? Non je ne le pense pas.

 

Remise du pris de la nouvelle
Remise du prix de la nouvelle : Kenza Maandi – 4e4